De ses débuts de photographe autodidacte, il y a presque dix ans, Mélanie Challe conserve une fraîcheur de regard, un sens de l’expérimentation et une attitude décomplexée vis-à-vis de la diversité des sujets qu’elle aborde. Elle reste également attachée au décloisonnement des pratiques, en témoignent ses collaborations dans le cadre de réalisations vidéo et de web documentaires.

Si les passerelles sont nombreuses entre les différents médias employés par l’artiste, ses photographies révèlent davantage le caractère intime de sa relation à chacun des sujets abordés. Qu’il s’agisse de travaux de commande ou de ses projets personnels, on remarque toujours le même attachement de Mélanie Challe au contact, à l’échange. À partir d’une rencontre – avec un objet, une personne, un paysage -, elle cherche toujours à cultiver un rapport de proximité plus étroit et plus authentique, conduisant à une véritable relation. Le regard enveloppant et bienveillant dont elle accompagne son propos se propage au spectateur, chez qui elle parvient souvent à susciter un sentiment d’empathie.

Bien que les sujets abordés soient très variés, une attention particulière est toujours accordée à la question de la profondeur de champ, ou au contraire de son absence. S’instaure ainsi, d’une série à l’autre, un jeu entre l’affirmation de la planéité du support et le travail sur les perspectives, comme un va-et-vient entre deuxième et troisième dimensions. Ce dialogue est soutenu par l’aspect très graphique, voire pictural, des images (D’ombres et de lumière, Chemin de vie). Le traitement de la lumière joue un grand rôle dans cette plasticité, notamment les contre-jours diffus ou encore les contrastes parfois très affirmés. Ses cadrages, tantôt serrés ou inattendus, sont en outre une manière d’encourager une perception prenant le contrepied des stéréotypes : pour l’artiste, il s’agit de changer notre manière d’appréhender telle personne, tel objet, tel sujet (Le Ballet de Pékin, La Grâce du geste).

Jouer sur les décalages pour questionner ce qui est généralement admis participe de l’attitude impliquée de la photographe. Il s’agit d’un engagement profond, exprimé de façon diffuse et subtile : on le perçoit comme un tempo rythmant l’ensemble de son travail. L’artiste embrasse le monde et le transmet au spectateur selon sa propre vision : avec curiosité, avec une tendresse bienveillante et sans préconception.

Cette douce avidité pour l’autre et pour ce qui l’entoure est aussi l’occasion d’un retour sur soi. Dégageant une temporalité singulière – lente et tranquille -, les images de Mélanie Challe sont propices à l’introspection et à la quête ontologique, ou simplement à la rêverie.

 

Marine Rochard